Les terres saintes
Roman épistolaire
Auteur Amanda Sthers
Paru le

: 05/05/2010
ISBN: 978-2-234-06422-5
Un titre ambitieux, je craignais d'être déçue...et j'ai finalement été très émue par ce livre. Cet avis n'engage que moi, je pense que les libraires ne l'ont pas lu.
Une famille éclatée aux quatre coins du monde correspond par mails et par lettres. Il y a le père, cardiologue à la retraite, qui élève des porcs en Israël, la mère, une catholique convertie au
judaïsme, un peu trop mère juive d'après ses enfants -Annabelle qui fait des études sans fin à New York sans réussir à construire sa vie- et David, le fils cinéaste installé à Paris, homosexuel
au grand désespoir de son père...Tout au long de cette correspondance, pleine d'humour, les blessures et les failles de cette famille apparaissent. La mère n'a pas vraiment cessé d'aimer le père,
Annabelle et David peinent à devenir adultes car ils ne sont pas en paix avec leurs parents. Une analyse fine des rapports humains sous forme de boutades. Un humour très juif, rire pour cacher
les plaies...
Ce livre se lit vite. Heureusement car ce n'est pas possible de le reposer avant de l'avoir fini. Une bonne surprise...
Gwen
Infrarouge
Nancy Huston
Broché
Paru le
: 05/05/2010
Editeur : Actes Sud
ISBN : 978-2-7427-9107-1
L’année dernière figurait dans notre sélection « Parasol » Loin de Chandighar de Tejpal, un livre érotique indien tout en langueur et moiteur. Cet été, vous pourrez réveiller vos sens
en lisant le nouveau Nancy Huston. Un livre qui au départ semble bien différent de ses romans précédents mais dans lequel on retrouve ses thèmes de prédilection (la famille, la complexité des
liens entre les êtres, l’absence etc…)
L’histoire…
Rena, une photographe quadra, accompagne son père Simon et sa belle mère dans un voyage à Florence. Le séjour est loin d’être idyllique et les incompréhensions se multiplient. Simon est un homme
vieillissant à la gloire déchue. Il n’a pas envie de suivre le rythme frénétique de sa fille. Rena s’ennuie, les souvenirs et les blessures de l’enfance lui reviennent par flots. C’est aussi
l’occasion de pensées sur sa vie d’adulte en tant que mère et femme, de rêveries et de fantasmes qu’elle nomme joliment Subra. Subra son double coquin qui connaît parfaitement ses zones
infrarouges…. Très joliment écrit, profond et délicieusement chaud….
Les sujets de notre
tsar
Roman broché
Ludmila Oulitskaïa
Paru le: 07/05/2010
Editeur: Gallimard
ISBN : 978-2-07-078334-2
Pratique d’avoir des courtes histoires à lire quand vous n’avez que quelques minutes de libre entre la baignade des Minimoys et le goûter, les courses et l’apéro etc…
Attention, même si les nouvelles sont captivantes, elles ne sont pas divertissantes. Oulitskaïa décrit avec le talent qu’on lui connaît, la Russie d’hier et d’aujourd’hui, 37
tranches de vie dans un style incisif et sans complaisance…
Pour les fans du style anglo-saxon, le dernier Rachel Cusk. Le meilleur de tous ses livres à mon goût…Une analyse sensible de la société d’aujourd’hui….
Les variations Bradshaw
Broché
Rachel Cusk
Paru le: 04/02/2010
Editeur : Olivier
ISBN : 978-2-87929-653-1
Thomas Bradshaw est un homme moderne. Quand on propose à sa femme un poste à l’université, il décide de quitter son travail et de devenir homme au foyer…
En apparence, tout semble idyllique. Il joue du piano, profite de sa fille, savoure le temps qui passe. La réalité est toute autre. Cette nouvelle situation déplace les repères de leur ancienne
vie et ouvre des brèches…
Dans un style corrosif, Rachel Cusk peint, ou plus exactement nous joue, sous forme de plusieurs variations, avec beaucoup de justesse, une année de la vie des Bradshaw. comme dans ses romans
précédents, elle analyse avec beaucoup d’humour et justesse, les relations familiales et conjugales…
Vous pouvez donc mettre également dans vos valises, ses précédents romans, Allington Park et
En BD graphique, Tamara Drewe (actuellement au cinéma) évidemment. Un style encore bien anglo-saxon !
Un coup de cœur unanime pour ce livre exceptionnel, écrit en 1972 mais traduit pour la première fois en français.
Le nazi et le barbier
Roman
Auteur Edgar Hilsenrath
Editeur Attila
Paru le18/03/2010
« Je me présente : Max Schulz, fils illégitime mais aryen pure souche de Minna Schulz, au moment de ma naissance servante dans la maison du fourreur juif Abramwitz….
Je ne peux pas dire avec certitude qui était mon père, mais une chose est sûre, c’était l’un des cinq suivants…. » Ainsi débute le Nazi et le Barbier. Enfant, Max sympathise avec Itzig
Finkelstein, né deux minutes et 22 secondes après lui, dont le père tient un magnifique salon de coiffure dans la rue et lui apprendra le métier. En 1933, Max qui ne partait pas avec les
meilleures chances dans la vie, entre sa mère aux mœurs légères et son beau père alcoolique, profite de l’ascension d’Hitler pour prendre du grade, jusqu’à devenir par la suite un génocidaire
discipliné dans un camp ou disparaissent Itzig et sa famille. A la fin de la guerre, Max endosse l’identité de son ami, devient plus juif que les juifs, le plus convaincu des sionistes et ouvre
un magnifique salon de coiffure en Palestine….Mais peut-on ainsi usurper l’identité d’un autre et oublier qui on était auparavant, surtout quand on a tué docilement des milliers de
personnes ?
Ce livre présente une vision nouvelle de la shoah extrêmement intéressante. Max n’est pas un SS convaincu,endoctriné. Il est un homme ordinaire qui espère juste devenir calife à la place du
calife en suivant docilement Hitler. Si les juifs disparaissent de la planète, il pourra ainsi récupérer le salon de coiffure des Finkelstein. Telle est l’ambition de Max…Dans ce livre, le
génocidaire est un pauvre type étriqué qui voit petit. La Shoah est décrite avec les yeux et la pensée de Max, et certains passages sont hallucinants, burlesques et grotesques. On se surprend à
rire de faits tragiques tellement certains raisonnements semblent absurdes. Max est vraiment un beauf qui gère sa vie au jour le jour, au gré de ses besoins et de ses envies. Cette vision a fait
scandale et le livre a longtemps été interdit en Allemagne. Max endosse l’identité de son ami sans scrupules mais au fur et à mesure que nous avançons dans le livre, nous voyons qu’il n’est pas
si facile de changer définitivement de carte d’identité. Les thèmes du remord et du pardon sont abordés avec beaucoup d’intelligence. C’est un livre hautement philosophique mais désopilant. La
fin est extraordinaire, tout à fait à la hauteur du reste de ce merveilleux roman. Il mériterait d’être accueilli par la critique avec autant d’engouement que les bienveillantes. En toute
sincérité, nous avons préféré le Nazi et le Barbier…
Alors que le nazi et le barbier paraît en format broché, le premier livre de Edgar Hilsenrath traduit en français l'année dernière, « Fuck America », sort en poche.
Fuck América
Roman Poche
Auteur Edgar Hilsenrath
Editeur Points
Paru lMars 2010
code ISBN 2757818023
Quatrième de couverture
A New York, dans l'immédiat après-guerre, un incroyable portrait de l'écrivain en loser émigré juif newyorkais signé par le déjanté Edgar Hilsenrath, dans une veine réjouissante qui peut faire
songer à un Fante ou à un Bukowski.
Pierre a aimé mais l’a trouvé plus classique et plus triste que le nazi et le barbier.
Amateurs de grande saga américaine, d’épopée familiale, lancez vous dans les récits de Wally Lamb, vous ne serez pas déçus. Ils sont tous bien construits et prenants. Ils n’ont pas la profondeur
du livre précédent, le nazi et le barbier, mais ils ont le mérite d’être divertissants. Idéal pour les vacances. Ils viennent d'être réédités chez Belfond. Le dernier paru est
Le chagrin et la grâce
Roman
Auteur Wally Lamb
Editeur Belfond
Collection littérature étrangère
Parution Janvier 2010
ISBN ISBN 978-2-7144-4555-1
Quatrième de couverture
Quand, en avril 1999, son épouse Maureen échappe de justesse au massacre de Columbine, Caelum cherche refuge avec elle dans la ferme de son enfance à Three Rivers, Connecticut. C'est là qu'il
découvre des archives familiales insoupçonnées : les lettres de son aïeule, militante abolitionniste, anéantie par la perte de ses fils au front ; les journaux de son arrière-grand-mère,
fondatrice de la prison pour femmes du comté, hantée par la descente aux enfers de sa soeur ; des coupures de presse sur les tragédies locales de ces années 60 qui ont vu grandir Caelum aux côtés
d'un père alcoolique revenu traumatisé de la guerre de Corée...
Au fil de ses recherches, Caelum, stupéfait, voit se recomposer deux siècles d'une histoire familiale pleine de bruit et de fureur, et ressurgir le terrible secret de ses origines... Pour tenter
de comprendre cette infinie colère qui l'habite depuis toujours, Caelum va devoir explorer les recoins les plus obscurs de sa mémoire...
J’ai également beaucoup aimé Le chant de Dolorès qui décrit très bien la middle class américaine. Dolorès est une jeune adulte à la dérive, brisée à l’adolescence par un viol et qui ne
trouve pas le chemin pour bien grandir. Le personnage est attachant et nous avons vraiment envie de savoir comment elle va s’en sortir.
Le chant de Dolorès
Auteur Wally Lamb
Editeur Belfond
Collection littérature étrangère
Parution Janvier 2010
ISBN ISBN 978-2-7144-4696-1
Je ne l’ai pas lu mais Pierre dit que le meilleur de Wally Lamb est la guerre des vaincus. Vous trouverez de toute manière ces trois romans à la librairie. Il ne vous reste plus qu’à choisir…
Invisible
Roman
Auteur Paul Auster
Editeur Actes Sud
Parution Mars 2010
Lisez donc le dernier Paul Auster, Invisible, paru chez Actes Sud. Si vous ne connaissez pas cet auteur, vous découvrirez avec ravissement le talent de
ce grand écrivain; si vous êtes déjà adepte, comme nous à Liragif, vous ne serez pas déçu. On ne peut que s'émerveiller devant l'écriture et la construction de ce roman,du grand art....
Voici l'histoire en quelques mots. Dans les années 1960, au cours d'une soirée New Yorkaise, un jeune et brillant étudiant en poésie de Columbia, fait la rencontre d'un énigmatique mécène
français et de sa jeune maîtresse. Ces personnages insolites, en particulier l'homme dont la personnalité est complexe et le parcours trouble et ambigu, vont bouleverser en quelques
semaines le cours de son existence. Un meurtre scellera leurs destins à tout jamais. Paul Auster nous déplace sans cesse de New-York à Paris, du passé au présent par un système de flash back, de
lettres, de rencontres. Ce mouvement au cours des chapitres est toujours fluide et le récit n'est jamais confus. Un magnifique exercice de style. Un vrai plaisir pour les lecteurs.
Le grand loin
Roman
Auteur Pascal Garnier
Editeur Zulma
parution 2010
Marc, la soixantaine, confortablement assis dans sa vie bien rangée, est subitement sujet à des troubles volontaires du comportement (regarder le tapis du salon à la loupe, parler fort à
table lors d'un dîner mondain,...)dont il ne peut pas discuter avec sa compagne si bien installée dans leur joli cocon. Il décide alors de fuir avec sa fille internée depuis de longues années
dans un hôpital psychiatrique. La suite est du pur Pascal Garnier, délicieusement sordide, socialement incorrect. Les codes de notre société voltigent, la normalité n'est plus là ou l'attend
L'auteur nous dérange et nous secoue dans tous les sens. Les phrases sont courtes, incisives. Bien qu'il s'agisse d'un livre court, nous avons le temps de penser mille fois qu'il ne va pas oser
et il ose et nous rions jaune...
Ceux qui aiment Garnier ne seront pas déçus, les autres, je leur conseille d'essayer..
La vaine attente
Roman
Auteur Nadeem Aslam
Editeur Seuil
Parution 08/2009
2005, en Afghanistan près de la frontière pakistanaise, Marcus, un anglais installé dans ce pays depuis qu'il s'est marié avec une afghane quarante années auparavant, va accueillir dans sa
magnifique maison, un homme et une femme comme lui en quête de proches disparus pendant l'invasion soviétique. II y a tout d'abord David, un ancien agent de la CIA qui partagé pendant quelques
temps la vie de Zameen, la fille décédée de Marcus, dont le petit garçon reste introuvable. Les deux hommes unissent leurs forces pour tenter de le retrouver. Il est partout et nulle part. Ils
savent juste qu'il s'appellent Bizhad. Mais il y a également Lara de Saint Petersbourg qui enquête sur la disparition de son frère, un soldat russe. Les destins de ces trois être
brisés par l'absence vont se croiser à plusieurs reprises et l'histoire est prenante. Les différentes nationalités des personnages donnent l'occasion à l'auteur de nous éclairer sur ce conflit en
afghanistan et de le replacer dans un contexte mondial.A l'instar de Salman Rushdie dans Shalimar le clown1, il
présente les mécanismes de la montée de l'intégrisme. Très documenté, ce livre est passionnant.
Gwen
1Shalimar le clown
(Roman)
Auteur Salman Rushdie
Editeur Pocket
Parution Février 2007
Code ISBN 2266163205
Quatrième de couverture rédigée par l'éditeur
Los Angeles, 1991. Maximilien Ophuls, notable américain, ex-ambassadeur des Etats-Unis en
Inde, devenu chef de la lutte antiterroriste en Amérique, est égorgé en plein jour, devant chez sa fille illégitime India. Il a été abattu par son chauffeur cachemiri, un mystérieux personnage se
faisant appeler Shalimar le clown. Tout semble d'abord indiquer un assassinat politique, mais il s'agit en fait d'un crime passionnel d'une nature très spéciale. Voici l'histoire de Maximilien,
de son assassin et de sa fille - ainsi que d'un quatrième personnage, la femme qui unit leurs destins. L'histoire d'un amour profond qui connaît une fin tragique, au fil d'une épopée qui s'étend
de la Californie à la France sous l'Occupation, l'Angleterre et, surtout, le Cachemire... Au coeur de ce récit se trouve un paradis terrestre peuplé de pêchers et d'abeilles, de montagnes et de
lacs, de femmes aux yeux couleur d'émeraude et d'hommes assassins : un paradis détruit, anéanti plutôt que perdu. Couvrant le globe et traversant l'Histoire, le nouveau récit de Salman Rushdie
séduit dès les premières pages et capte l'esprit d'une époque bouleversée et bouleversante.
Notre avis:
Incontournable...
Scènes de vie villageoise
Nouvelles
Auteur amos Oz
editeur Gallimard
Parution 2010
Code ISBN 978 2 07 012721-4
Huit nouvelles merveilleusement écrites par Amos Oz. Toutes se déroulent dans le village (imaginaire) de Tel Ilan fondé par les pionniers bien avant la création de l'état d'Israël. Arabes et
juifs se cotoient avec méfiance parfois mais sans haine. Comme son titre l'indique, il s'agit vraiment de petites scènes; elles parlent de tout et de rien, de la vie simplement avec ses joies et
ses tracas. Le style fleuri mais jamais lourdse savoure comme un bon vin. Un seul petit reproche, certains personnages passent pour notre plus grand plaisir d'une nouvelle à une autre, par contre
d'autres disparaissent avant même que nous les connaissions vraiment et cela laisse parfois un petit goût d'inachevé. Ceci ne doit vraiment pas vous dissuader de lire ce joli recueil.
Personnellement, les livres d'Amos Oz, je les achète les yeux fermés! A bon entendeur...
Le journal de Benjamin Lorca
Roman
Auteur Arnaud Cathrine
Editeur
Parution Février 2010
Code ISBN
Enfin!!!!! Enfin Arnaud Cathrine ne se cache pas derrière un immense mur de mots. "La disparition de Richard Taylor "laissait sur sa faim, avec l'impression que l'auteur survolait son récit sans
vouloir se dévoiler. Ce nouveau roman est écrit comme le précédent. Le personnage principal, Benjamin Lorca, n'est plus de ce monde dès le début du récit, mais grâce à ceux qui l'ont connu et
aimé (un frère, une compagne, un ami) qui apparaissent à tour de rôle au fil des chapitres, nous allons apprendre à mieux le connaître. Cet éclairage sous différents angles rend ce héros
absent lumineux.
Dans "la disparition de Richard Taylor", qui utilisait la même technique d'écriture, le cadrage devait être mauvais car nous ne savions pas grand chose de plus sur le héros à la fin du livre!
On ne peut s'empêcher de penser que l'auteur doit ressembler un peu à Benjamin Lorca tant l'histoire sonne juste. Les rapports entre les être humains, qu'ils s'agissent de fratrie ou de
couple, sont analysés avec une grande finesse et une immense émotion. Ce livre m'a beaucoup touché. J'espère qu'à votre tour, vous ne serez pas déçus.
Gwen
Les chaussures Italiennes
Roman (pas policier!)
Auteur Hennig Mankell
Editeur Seuil
Parution Octobre 2009
Code ISBN 2020944650
Quatrième de couverture
À 66 ans, Fredrick Welin vit reclus depuis 12 ans sur une île de la Baltique avec pour seule compagnie un chat et un chien et pour seules visites celles du facteur de l’archipel. Depuis qu’une
tragique erreur a brisé sa carrière de chirurgien, il s’est isolé des hommes. Pour se prouver qu’il est encore en vie, il creuse un trou dans la glace et s’immerge chaque matin.Au solstice
d’hiver, cette routine est interrompue par l’intrusion d’Harriet, la femme qu’il a aimée et abandonnée 40 ans plus tôt. Harriet qui se meurt d’un cancer exige qu’il tienne une vieille promesse :
lui montrer un lac forestier éloigné. Périple peu nostalgique et ponctué de reproches.
Notre avis
Cette quatrième de couverture n'est que le début des péripéties et des surprises de Fredrick Welin. C'est bien écrit, souvent cocasse. Grand spécialiste du polar, Mankell a bien su se renouveler
dans ce roman "classique" qui permet de passer un très bon moment de détente.
Hélène et Gwen
Sylvia
Auteur Leonard Michaels
Editeur Bourgois
Parution 01/2010
Code ISBN 2267020610
Dans les années 1960, l'auteur a vécu une passion destructrice avec une jeune femme ,Sylvia Bloch, qui s'est terminée tragiquement. Ce n'est que trente ans plus tard, en 1992, qu'il se décide à
publier les carnets écrits à cette époque. On y découvre un jeune homme amoureux mais décontenancé par la grande fragilité psychologique de sa femme. Il décrit avec une grande minutie les
mécanismes d'une relation tumultueuse qui frôle parfois la folie. Il met en exergue qu'il est parfois difficile de trouver la frontiètre entre le monde normal et l'anormalité. A côtoyer
Sylvia, le jeune homme perd ses propres repères. Malgré des efforts insensés et un amour immense, la spirale ne peut qu'être descendante. Mais Sylvia, ce n'est pas que l'histoire de ce couple en
déroute. C'est aussi le New York des années 1960 avec ses marginaux , ses intellos qui refont le monde en consommant tout un tas de substances illicites. Ce sont les clubs de jazz, les salles de
cinéma. Leonard Michaels écrit merveilleusement bien. Chaque mot semble parfaitement choisi pour sonner juste avec celui qui précède et celui qui suit. Un livre auquel on ne peut s'empêcher de
penser même longtemps après l'avoir refermé.
Un don
Auteur Toni Morrison
Editeur Bourgois
Parution Avril 2009
Résumé
En caroline du Nord, au XVII ème siècle, Jacob, un fermier blanc, reçoit comme cadeau d'un de ses clients, en dédommagement d'une facilité de paiement, la cuisinière de la maison, une
esclave noire. Celle ci supplie Jacob de la laisser et de repartir plutôt avec sa petite fille Florens. Jaccob, dont tous les enfants sont morts en bas âge, voit dans cette offre la possibilité
de faire plaisir à sa jeune femme Rebekka et accepte. Nous suivrons donc le destin de Florens dans cette maison qui abrite une esclave noire Sorrow et une autre indienne Lina.
Notre avis
On ne peut qu'être ébloui par le talent de Toni Morrison, la beauté de son écriture et la force de ses récits. On oscille en permanence etre le réel et l'imaginaire, la fable et le roman.
Elle a d'ailleurs reçu le prix Nobel de littérature pour Jazz en 1993. Un tout petit reproche à " un Don": le démarrage est un peu long (les trente premières pages demandent de l'attention) mais
surtout ne renoncez pas. c'est un livre qui vaut vraiment le détour. Elle y aborde ,comme dans tous ses livres, la dure condition des noirs en Amérique.Incontournable comme tous les
autres livres de Toni Morrison que vous pourrez trouver en poche mais aussi en broché. Pourquoi ne pas offrir un coffret que vous composerez vous même avec deux ou trois livres de ce grand
auteur?
Pierre et Gwen

Le goût âpre des kakis
Recueil de Nouvelles
Auteur Zoya Pirzad
Editeur Zulma
Parution mai 2009
ISBN 2843044804
Quatrième de couverture
Un bassin, des massifs de roses et un plaqueminier donnent de quoi s’occuper au jardinier d’une vieille dame qui, depuis la mort de son mari, se sent très seule et en danger dans sa grande maison
au cœur de la ville. Les fleurs donnent des fruits, les kakis doivent mûrir et elle ne se prive pas d’en offrir, notamment à son locataire. Des liens subtils se tissent entre eux, que viennent
troubler l’apparition d’une fiancée. Aux côtés des jeunes gens, la vieille dame revit ainsi une dernière fois les joies enfuies de sa propre vie de couple…
Notre avis
Avec beaucoup d'humour, un peu d'âpreté (et d'acidité!), Zoya Pirzad décrit dans ces nouvelles, les femmes et les couples en Iran. L'image qu'elle donne des relations homme-femme est bien loin de
ce que nous connaissons par les médias. Dans un style très littéraire (mais qui se lit aisément), les récits sont aussi colorés que des tableaux. Par petite touche, elle décrit la vie quotidienne
en Iran. Un vrai régal. A offrir les yeux fermés.
Hélène et Gwen
Conseillé par Gwen
L'instant
Auteur Magda Szabo
Editeur Viviane Hamy
Parution Fevrier 2009
ISBN 287858290X
Quatrième de couverture
Cet ouvrage est la "réécriture" de L’Énéide — récit des épreuves d’Énée, depuis la prise de Troie, jusqu’à son installation dans le Latium. Fils de la déesse Vénus et d’Anchise, il est le
Père fondateur de Rome.
Mon avis
Avant même de donner mon avis sur ce livre en particulier, je pense que Magda Szabo est un auteur incontournable. J'écrirai une rubrique spéciale à son sujet avant la fin de l'année.
Née en Hongrie dans une famille cultivée en 1917, elle est décédée le 19 Novembre 2007. Ses écrits ont longtemps été interdits en Hongrie et traduits assez tardivement en France. Elle s'est fait
connaître dans notre pays en 2003 avec son roman "La Porte".
L'instant (ou la Créüside) est certainement le plus littéraire et le plus ardu de ses livres traduits en Français. Les adeptes de la mythologie grecque se régaleront avec ce récit original. Magda
Szabo réécrit l'Eneïde à sa manière, en redonnant vie à Créüse, femme d'Enée, qui meurt tragiquement à Troie dans le récit traditionnel. Ici Créüse vivra, et prendra son destin en main, tant pis
pour Enée qui ne vivra pas une grande passion pour Didon!
Cette réécriture est absolument vertigineuse. Magda Szabo connaît l'Eneîde sur le bout des doigts, se régale et nous régale avec cette variation qui réhabilite les femmes dans la mythologie.
C'est un texte exceptionnel (mais ardu).
Magda Szabo considérait cet ouvrage comme le projet d'une vie portée pendant plus de soixante ans.
Gwen
L'A26
Roman
Auteur Pascal Garnier
Editeur Zulma
Paru en Mars 2009
Bernard vit avec sa soeur Yolande quelque part dans le Nord de la France. Entre la folie de Yolande, qui ne quitte plus la maison depuis
qu'elle a été tondue à la fin de la guerre ,et son cancer qui le ronge, Bernard n'a pas la vie facile et perd un peu les pédales lui aussi. L'A26 se construit pas loin de chez lui et on
y coule du béton dans lequel il est assez facile de cacher des jeunes filles ramassées sur le bord de la route....
Après "Lune captive dans un oeil mort" également publié en 2009, Pascal Garnier montre à nouveau son talent à mettre en exergue les failles de ses personnages, le docteur Hyde qui
sommeille dans chacun d'eux. Une plume corrosive, qui ose aller fouiner délicatement au plus profond de l'âme humaine, pas toujours blanche...
Délicieusement glauque
G. Le Bras Jasmin
Quelque chose à te dire
Roman
Auteur Hanif Kureishi
Editeur Bourgois
Parution 08/2008
Mon avis
Genre Comédie dramatique Pakisto-anglaise!
Jamal, psychanalyste, anglais par sa mère pakistanais par son père est à un tournant de son existence.Sa vie de famille vole en éclat quand sa femme le quitte. Cette séparation génère une
introspection (le psy analyse le psy!) et ravive des souvenirs de jeunesse des années 70 qu'il nous livre.
Il y a cet amour fou pour une indienne de son âge, Ajita, quand ils étaient étudiants à l'université, ses amis de l'époque un peu voyous, l'évènement tragique qui a provoqué un
bouleversement dans sa vie et la fin de son idylle avec Ajita.
Ces souvenirs se mêlent au présent peuplé de personnages un peu loufoques mais attendrissants. Miriam, la soeur tatouée et déjantée de Jamal, mère d'un tribu d'enfants de pères
différents, découvre l'amour auprès d'Henri, directeur de théatre qui connaît tout Londres. Cela donne d'ailleurs lieu à des scènes assez drôles au cours desquelles les protagonistes du roman
participent à des soirées privées chez les Stones, fréquentent des amis de Tony Blair! On oublie vite qu'il s'agit d'une fiction. La vie de Jamal est également très prise par l'éducation de son
fils adolescent Rafi. Par quelques heureux tours de passe passe, le présent et le passé vont se retrouver et donner lieu à quelques aventures et mises au point intéressantes.
Impossible de résumer ce livre qui foisonne d'anecdoctes, de personnages incroyables. Impossible également de le laisser sur le coin de la table de chevet avant de l'avoir terminé. Un livre
drôle mais pas léger, qui aborde des thèmes graves comme l'intégration, les cultures mixtes avec beaucoup d'humour mais aussi beaucoup de finesse.
Ce n'est pas le premier livre de Hanif Kureishi!
Gwen Jasmin
Arto Paasilinna est né en Laponie finlandaise en 1942. Successivement bûcheron, ouvrier agricole, journaliste et poète, il est l'auteur d'une quarantaine d'ouvrages, dont plusieurs traduits en
français et publiés chez Denoël où ils ont toujours rencontré un grand succès.
des saisons au bord de la mer
François Maspero
Editions du seuil
03/2009
Mon avis
Ceux d'entre vous qui ont eu un coup de coeur pour "le sourire du chat" seront ravis de lire ce nouveau livre de François Maspero. Les maisons et la mer sont omniprésentes dans ce roman
très autobiographique. L'auteur se souvient de la grande demeure de ses grands-parents proche d'un port du Nord dans laquelle il passait une partie de l'été avant la guerre. Il y a aussi la
maison familiale de sa femme, insulaire bretonne. L'île n'est jamais citée mais on la devine, quelque part au sud de Lorient, avec sa citadelle. Ces maisons sont l'occasion de se souvenir de ses
parents et de ce frère disparus trop tôt, de ce couple si beau, auquel il croyait et qui n'a pas résisté aux marées de la vie. Aucune aigreur, juste une douce nostalgie qui nous envoûte. Un livre
écrit pour sa fille. On ne sait jamais quelle est la part d'autobiographie mais c'est sans importance. Je ne sais pas pourquoi, Maspero m'émeut toujours. Sa sagesse, son calme m'apaisent. Les
phrases sont comme les vaguelettes qu'on peut regarder pendant des heures s'échouer sur le sable sans jamais se lasser
Oui, vraiment, je suis une inconditionnelle!!!
Gwen
"Le sourire du chat" est arrivé second au PLO. Il est paru en poche et ne prend pas de place dans les valises. C'est aussi un livre
incontournable
Le sourire du chat
François Maspero
Roman autobiographique
Editeur Points (1998)
Ce livre, écrit en 1984, est un bijou.
Le chat, c'est le diminutif qu'Antoine Maspero a donné a son petit frère François.
Le chat a 13 ans 1/2 en 1944. Ses parents l'ont mis à l'abri dans la maison de famille en vallée de Chevreuse tandis qu'eux continuent à occuper leur appartement à Paris. Antoine s'engage
dans la résistance armée. Après quelques visites en cachette à son petit frère, il disparaît. Les parents sont arrêtés, emprisonnés et déportés. Le chat se retrouve donc seul. Il est
recueilli par une de ses tantes, conservatrice, qui attend la fin de la guerre avec sa famille dans un appartement parisien. Ces gens là, petits bourgeois, sont incapables de comprendre la
détresse de leur neveux. Le chat malheureux déserte régulièrement cet univers étouffant et sillonne Paris. Il rencontre des résistants, des filles en vadrouille, des soldats, qui le protègent
et lui permettent de survivre moralement. Un jour, le chat décide de partir à la recherche de son frère. Il sait juste qu'il s'est engagé dans l'Est de la France auprès des américains. C'est
un livre poignant. François Maspero a su décrire la guerre et ses angoisses avec ses anciens yeux d'enfant. Il décrit la vie à la campagne (en vallée de chevreuse), l'occupation allemande,
l'angoisse de l'attente, ses joies malgré tout. Pas de pathétisme dans ce livre. Juste de l'émotion, beaucoup d'émotion...
Gwen
Les deux vieilles filles
Roman
Auteur Tommaso Landolfi
Editeur Allia
Parution Mars 2009
Ce très court roman, Inspiré d'un fait divers (réel ou imaginaire), a été publié pour la première fois en 1945 dans 'Il Mondo".
En Italie, "dans un quartier écoeurant d'une ville elle même écoeurante à bien des égards" (première phrase du livre), deux vieilles filles vivent avec leur mère acâriatre et impotente. Elles
fréquentent des gens bien comme il faut, qu'elles reçoivent de temps à autre dans la salle à manger ou dans le grand salon.
A la mort de la mère, au lieu de pouvoir enfin profiter un peu de leur liberté durement gagnée, elles se retrouvent confrontées à un énorme problème posé par un proche (que je ne décrirai pas
pour garder entier le suspense) qui les met vraiment dans l'embarras...
Drôle, caustique, irrévérencieux, on a du mal à imaginer que cette histoire ait pu paraître au lendemain de la guerre dans un journal italien. Un petit arrière goût d'arsenic et vieilles
dentelles!!!
Gwen
Vivement conseillé par Hélène également...
Régime sec
Nouvelles
Auteur Dan Fante
Editeur 13 ème notes
Parution Mars 2009
I n’est jamais facile d’être un fils. A fortiori celui d’un écrivain célèbre. D’aucuns compliquent encore davantage en décidant d’embrasser la même carrière que celle de leur père.
Ainsi Dan Fante, 64 ans au jus, rejeton errant, longtemps alcoolisé, de feu John Fante. Poète maudit, clochard céleste et suicidaire, dramaturge, romancier tardif. Un type sur le fil du
rasoir qui réapparaît sous nos latitudes pour une rédemption littéraire et déglinguée. L’objet du délit ? Régime sec (Short Dog en V.O.,du nom de ces petites flasques pour alcools forts et
rêveurs fragiles).
Huit histoires brutales – c’est à dire honnêtes – où l’on croisera un chauffeur de taxi à bout de souffle, un macho battu par sa femme, un chien minuscule et méchant, une masseuse nympho qui
écarte les cuisses au milieu des embouteillages… Portrait défait de L.A. sous JB, gueule de bois, addiction à la détresse et solitude vaporeuse, fog suintant d’amour tremblé. Du grand
art.
Mon avis
Après avoir lu la première nouvelle, j'ai pensé "ce type se fout de nous, ce n'est pas parce qu'il est le fils de...qu'il a le droit d'écrire n'importe quoi."Malgré tout, bizarrement, je n'ai
pas pu m'empêcher de commencer la seconde, nouvelle la troisième et j'ai fini le livre...etj'ai aimé!
C'est brut de décoffrage mais sincère et désopilant...Il est vraiment touchant ce Dan Fante. Ces histoires qui sentent à plein nez l'autobiographie, montrent justement qu'il n'est pas facile
du tout d'être le fils de...
Dan Fante a dû exercer un grand nombre de métiers pour pouvoir vivre, ses livres n'étant jamais publiés!!!
Il fait preuve d'une grande sincérité, manie l'autodérision avec succès.
Finalement, je ne peux que vous conseiller ce recueil de nouvelles. Amateurs d'un style délicat et soutenu, s'abstenir
Hélène et Gwen
Récits oubliés
Courts récits
Auteur Elsa Morante
Editeur Verdier
Parution Avril 2009
Ce livre vous est conseillé par Hélène. Comme je ne l'ai pas lu, je ne peux que vous livrer la quatrième de
couverture...
Quatrième de couverture
Ce volume rassemble une cinquantaine de récits inédits publiés par Eisa Morante entre 1939 et 1941 alors qu'elle n'avait pas trente ans. Écartés des volumes dans lesquels la romancière avait
réuni certains de ses récits (Le Jeu secret et Le Châle andalou), dispersés dans des journaux aujourd'hui introuvables ou sommeillant parmi les papiers qu'elle laissa à sa mort, ces pépites
attendaient leur heure. Il fallait les tirer de l'oubli et restituer leur éclat sauvage.
Des personnages singuliers que la vie rend fous d'amour ou de tristesse, des histoires qui se brisent comme des verres après la fête, des rires d'enfant, des chiens peureux, des âmes, des
fidélités à toute épreuve : les courts récits d'Eisa Morante tiennent de la fable et de l'anecdote, du réalisme et du rêve, ils chatoient dans la lumière d'un jour qui contiendrait les couleurs
et les douleurs du couchant. Une sensibilité merveilleuse les traverse tout entiers. Chacun d'entre eux ouvre un monde et referme un destin.
Alfonso Bernardinelli, un des critiques italiens les plus influents de la littérature italienne contemporaine a pu écrire : «Eisa Morante savait que les facultés humaines d'où naît la culture la
plus authentique sont vulnérables et poursuivis par de nombreux monstres, elle savait aussi que défendre ces facultés nécessite toujours, même dans les circonstances les plus communes, une
certaine dose d'héroïsme.» Cet héroïsme éclate partout dans les Récits oubliés - avec quelle grâce, on le verra.
"La grand-mère de Jade"
Auteur Frédérique DEGHELT
Editeur: Actes Sud
Parution Janvier 2009
Je n'ai jamais communiqué par écrit sur mes étreintes livresques, mais je me lance aujourd'hui tant ma dernière lecture m'a envoutée.
Effectivement, vous aviez raison de me dire que j'allais le dévorer, car c'est ce que j'ai fait séance tenante et malgré le soleil et la vie quotidienne, j'ai pris
un plaisir inneffable à m'installer dans une chilienne accompagnée d'un thé vert à la menthe à déguster ce joli livre qu'il est bien difficile d'abandonner pour s'occuper de sa petite vie
terrestre et de sa famille...
J'apprécie vivement le talent de cet écrivain, elle a l'art de capter les petits traits du quotidien pour nous les faire apprécier, et les rendre plus savoureux. Hélène m'avait conseillé "la vie
d'une autre" que j'avais déjà dévoré, et cette fois-ci, c'est Aurélia qui me propose ce livre.
Quelle formidable tendresse dans le désir de cette petite fille trentenaire de garder sa vieille grand-mère auprès d'elle et ne pas ainsi la laisser se perdre dans une maison de retraite.
Les jeunes avec les vieux, finalement, on a tellement à apprendre les uns des autres..
C'est aussi un bien beau sujet d'actualité me semble-t-il là où notre société souhaite oublier la maladie, la vieillesse, la peur du corps qui change, et bien sur celle ultime de la mort à venir
tôt ou tard comme s'il fallait s'en défier.
Quelle belle leçon de vie et d'Amour nous donne l'auteur de ce livre, et que d'émotion à la fin de ce livre.
Peu de futurs vieillards peuvent espérer un fin de vie comme celles que nous propose l'auteur dans notre société si individualisée.
Sans en dévoiler la fin, j'oserai dire les deux fins car la tendresse y prend une place essentielle telle que finalement, les deux chemins proposés semblent être
doux et sereins... et puis la sagesse de l'une va permettre à l'autre de se réaliser tout en dynamisant la vie de la plus ancienne et en lui permettant d'en gommer les aridités, de la sagesse à
l'état pur mais transcrit dans notre monde de stressés à tout crins. De quoi réfléchir tranquillement.
Maryvonne
A lire aussi du même auteur
La vie d'une autre
chez Babel
Aout 2008
Passagers Clandestins
Auteur: Timothy Findley
Editeur Actes Sud
Parution Novembre 2008
Quatrième de couverture
Constatant la méchanceté et la perversité des hommes, ainsi qu’il est raconté dans la Bible, Dieu décida de provoquer un déchaînement de pluies torrentielles et d’inondations sur la terre pour y
détruire toute vie. Un homme, Noé, trouva toutefois grâce à ses yeux, car il apparaissait juste, pieux et intègre. Dans ces conditions, il fut choisi pour survivre et perpétuer sa lignée. Dieu,
pour cette raison, dit à Noé de construire une arche. « Et Noé entra dans l’arche avec ses fils, sa femme et les femmes de ses fils, pour échapper aux eaux du déluge », dit la Genèse.
« Rien ne s’est passé comme on nous le raconte, tout le monde le sait, écrit Timothy Findley. D’abord, on voudrait nous faire croire qu’il n’y a jamais eu de querelle ni de mouvement de panique –
personne n’aurait été piétiné, aucun animal n’aurait hurlé, aucun être humain n’aurait poussé de hauts cris… (…). On voudrait aussi nous faire croire qu’il n’y a pas eu le moindre sentiment
d’effroi – que Noé et ses fils, détendus à la poupe, sirotaient du porto et fumaient un cigare sous un auvent de toile rayée de bleu et de blanc, arborant probablement casquettes de yachtmen,
pantalons de coutil blanc et blazers. Que Mme Noyes et ses belles-filles remontaient la passerelle à pas légers, apprêtées, pomponnées et bien au sec sous leurs parapluies, se retournant pour
crier : « Au revoir, tout le monde ! » Et tous leurs amis de répondre : « Bon voyage ! » »
Cinquième roman de Timothy Findley, après le bouleversant The last of the crazy people (Le Dernier des fous, 1967) et avant le magistral Headhunter (Le Chasseur de têtes, 1993), Not wanted on the
voyage (Passagers clandestins, 1984) est la réécriture de deux mythes fameux de la Genèse : celui du Déluge et celui de l’Arche de Noé.
Mon avis
Bien qu'il soit un peu difficile de pénétrer dans ce livre qui grouille de personnages, d'animaux et de fées, il faut persévérer car il en vaut vraiment le détour. La version fantastique de
Findley de l'épisode biblique du déluge vaut vraiment le détour. Noé est un être tyrannique et cruel, sa femme une alcoolique invétérée mais rebelle et ses fils des êtressans
grande personnalité.Dieu, présenté comme un vieil homme fatigué, s'est fait attaquer plusieurs fois sur terre alors qu'il se rendait chez son ami Noé. Exaspéré par cette humanité
corrompue, il décide de remettre un peu d'ordre sur terre en envoyant des pluies diluviennes. L'e déluge est alors présenté dans ce livre comme un immense nettoyage ethnique. Les pauvres, les
faibles, les handicapés, les plus jeunes ne monteront pas dans l'arche. Un peu comme dans notre monde politique actuel, seule la famille et les animaux de Noé seront sauvés des eaux. L'arche,
véritable huis clos, devient très vite le lieu de toutes les perversions et de toutes les cruautés. L'enfer n'est pas la pluie incessante mais les autres. Finalement, les questions que pose
l'auteur, homme engagé, à travers cet épisode de la Genèse sont complétement d'actualité.
En outre, cerise sur le gâteau, c'est un livre très bien écrit...
A lire, à lire, à lire....
Gwen Jasmin
Lune captive dans un oeil mort
roman
Pascal Garnier
Editeur Zulma
paru en janvier 2009
Mon avis:
La retraite n'est pas un cap facile pour un grand nombre de couples qui ont travaillé toute leur vie.
Comme beaucoup, Odette et Martial font le choix périlleux de quitter leur banlieue bourgeoise et leur pavillon cossu pour une
résidence de haut standing dans le sud de la France. Avec beaucoup de finesse et d'humour noir Pascal Garnier montre que Soleil et luxe ne riment pas forcément avec bonheur. Premiers habitants de
cette résidence à peine achevée, Odette et Martial crèvent de solitude. Quand les nouveaux voisins arrivent, ils sont prêts à les fréquenter coûte que coûte. Des liens étranges se créent entre
ces personnages qui ne se seraient jamais adressés la parole hors de cette prison dorée. Ceci donne lieu à des situations incongrues, caustiques, drôles et parfois dramatiques...
Gwen Jasmin
D'autres vies que la mienne
Roman
Emmanuel Carrère
Editeur P.o.L
Paru en mars 2009
quatrième de couverture
À quelques mois d’intervalle, la vie m’a rendu témoin des deux événements qui me font le plus peur au monde : la mort d’un enfant pour ses parents, celle d’une jeune femme pour ses enfants et son
mari. Quelqu’un m’a dit alors : tu es écrivain, pourquoi n’écris-tu pas notre histoire ?
C’était une commande, je l’ai acceptée. C’est ainsi que je me suis retrouvé à raconter l’amitié entre un homme et une femme, tous deux rescapés d’un cancer, tous deux boiteux et tous deux juges,
qui s’occupaient d’affaires de surendettement au tribunal d’instance de Vienne (Isère). Il est question dans ce livre de vie et de mort, de maladie, d’extrême pauvreté, de justice et surtout
d’amour.
La mer
Nouvelles
Yoko Ogawa
Editeur Actes Sud
Mars 2009
Notre avis
Un ensemble de nouvelles très poétiques et souvent très originales. Un enfant qui joue d'un instrument très rare au gré du vent, une jeune fille japonaise en voyage à Vienne qui passe sa semaine
à veiller un moribond dans une maison de retraite etc...
Du très bon Ogawa, bien meilleur que le précédent à notre avis
Hélène et Gwen
Equatoria
Auteur Patrick Deville
Editeur Seuil
Date de parution Janvier 2009
Collection Fiction and Cie
Coup de coeur de Pierre
Quatrième de couverture
C’est le journal d’une traversée du continent africain à la hauteur de l’Équateur, depuis les îles autrefois portugaises
de SãoTomé et Principe, dans l’Atlantique, jusqu’à Zanzibar, dans l’océan Indien. Le prétexte, le point de
départ, c’est le transfert controversé des dépouilles de Savorgnan de Brazza et de sa famille d’Alger, où elles reposaient depuis le début du XXe siècle, jusqu’à Brazzaville, où on leur édifie un
mausolée. Chemin faisant, Patrick Deville croise nombre de figures pittoresques (l’Afrique n’en manque pas), revisite l’histoire de l’exploration, de la colonisation, de la guerre froide, brosse
les portraits de quelques personnages hors du commun (Albert Schweitzer, Stanley et Livingstone, Brazza, l’aventurier autrichien Emin Pacha, Tippu Tip, le trafiquant d’esclaves de Zanzibar, Jonas
Savimbi, le Che en Afrique…), évoque Conrad (Au coeur des ténèbres, bien sûr) et JulesVerne (Cinq semaines en ballon). C’est un voyageur érudit, curieux, pas pressé, attentif à l’incongru comme à
la beauté des choses.
Mbëkë mi
Roman
Auteur Abasse NDIONE
Parution Juin 2008
Edition Gallimard
Collection Continents Noirs
Avant-propos de l'auteur : « Au moment même où une barrière métallique de plus de six mètres de haut
étai
t érigée sur les enclaves espagnoles de Ceuta et Mellila pour stopper les vagues
d'immigrés en route vers les pays de l'Union européenne, une pirogue de Hann, village traditionnel de pêcheurs de la banlieue de Dakar, perdue en mer à la suite d'une panne de moteur, à la dérive
durant deux semaines, poussée par les vents et les courants marins, accosta à Santa Cruz de Tenerife. [...] Le voyage en pirogue des côtes du Sénégal aux îles Canaries, porte de l'Espagne, était
du domaine du possible. »
« Mbëkë mi », c'est « le coup de tête » sur lequel on part, défiant tous les périls ; et c'est devenu, tant elle est folle à accomplir, « la traversée » des
milliers de jeunes Africains, le dos à la misère et à la désespérance, fuyant ainsi leur pays en pirogue... Dix jours de navigation et d'errance dans un tronc d'arbre évidé et chargé d'au moins
quarante personnes pour un Éden européen rêvé, passant d'abord d'un Purgatoire villageois à l'Enfer océanien... Avec les personnages de cette histoire, le lecteur est emporté par l'espoir,
l'immense beauté et cruauté de l'océan, la mort, le viol, la faim, la soif, les hallucinations, il est, lui aussi, le cœur au ventre, suspendu sur les abysses entre deux continents, empirogué
jusqu'à l'autre rive...
Seul dans le noir
Roman
Auteur Paul Auster
Editions Actes Sud
Paru en Janvier 2009
Quatrième de couverture
Contraint à l’immobilité par un accident de voiture, August Brill, critique littéraire à la retraite, trouve refuge contre les inquiétudes des temps présent et le poids des souvenirs qui
l’assaillent lors de ses innombrables insomnies en se racontant une nuit l’histoire d’un monde parallèle où le 11 septembre n’aurait pas eu lieu et où l’Amérique ne

serait pas en guerre contre l’Irak mais en proie, « ici et maintenant », à une
impitoyable guerre civile. Mais imaginaire et réalité en viennent peu à peu à s’interpénétrer comme pour se lire et se dire l’une l’autre, interrogeant la responsabilité de l’individu face
à lui-même et l’Histoire. En plaçant ici la guerre à l’origine d’une perturbation capable d’inventer la « catastrophe » d’une fiction qui abolit les lois de la causalité, Paul Auster
établit, dans cette puissante allégorie, un lien entre les désarrois de la conscience américaine contemporaine et l’infatigable et fécond questionnement qu’il poursuit quant à l’étrangeté
des chemins qu’emprunte, pour advenir, l’invention romanesque.
« Seul dans le noir, je tourne et retourne le monde dans ma tête tout en m’efforçant de venir à bout d’une insomnie de plus, d’une nuit blanche de plus dans le grand désert américain. »
Ainsi commence le récit d’August Brill, critique littéraire à la retraite, qui se remet d’un accident de voiture dans le Vermont, chez sa fille Miriam. A bientôt cinquante ans, celle-ci
s’efforce de panser les blessures laissées en elle par un divorce douloureux, en se consacrant à la rédaction de la biographie de la fille du célèbre écrivain américain Nathanael Hawthorne,
tout en prodiguant sa sollicitude maternelle à sa fille, Katya, qui vient d’abandonner ses études de cinéma à New York après la mort, en Irak, dans des conditions atroces, du jeune Titus
Small avec lequel elle avait rompu, précipitant ainsi, croit-elle, le funeste départ du jeune homme pour Bagdad.
Hanté par la disparition, des suites d’un cancer, de sa femme, Sonia, à laquelle il s’est plus d’une fois montré infidèle, préoccupé par l’avenir problématique de deux femmes dévastées,
August Brill, tente, à longueur d’insomnies, de chasser le malaise qui l’étreint et les fantômes du passé qui l’assaillent en se réfugiant dans l’invention de fictions nocturnes.
Cette nuit-là, il crée le personnage d’Owen Brick, projetant ce dernier dans un espace-temps exactement parallèle à l’Amérique de 2007, son univers habituel, pour le laisser découvrir,
sidéré, qu’une guerre civile fait rage sur le territoire américain lui-même (et non plus en Irak) et que ce conflit fratricide en forme de nouvelle Guerre de Sécession a pour théâtre un
pays dans lequel les Twin Towers font toujours l’orgueil de la skyline de Manhattan… Né en 1977 dans le Queens, marié à une jeune femme originaire d’Argentine du nom de Flora et magicien de
son état, Brick découvre que
« dans ce monde-ci », il est caporal dans le Septième du Massachusetts, fait partie des forces armées des Etats Indépendants d’Amérique et qu’il a, de surcroît, été désigné pour accomplir
la mission devant permettre de mettre un terme à un conflit sanglant qui a déjà fait treize millions de morts, à savoir : assassiner le deus ex machina du désastre, un homme dont
l’esprit malade produit les scénarios mortifères responsables de tout… Et qui n’a d’autre nom qu’…August Brill.
Nos avis sont partagés
Autant le dire tout de suite: Michel a DETESTE ce livre qu'il considère comme le navet du mois....
Pour lui, l'histoire n'a absolument aucun intérêt. Je lui laisse le soin d'envoyer un commentaire pour détailler son point de vue.
Ayant rarement été déçue par Paul Auster (mais je ne suis pas non plus une inconditionnelle, je préfère l'oeuvre de sa femme Siri Hudsvedt), j'ai donc commencé son dernier roman avec
beaucoup d'à priori (j'ai tendance à faire confiance à Michel!). J'ai eu beaucoup de mal à me plonger dans l'histoire mais quelle surprise quand j'ai réalisé au bout d'une cinquantaine de
pages que j'avais envie de continuer. Je l'ai donc lu jusqu'à la fin, émue par le personnage principal, un homme écrivain qui se retrouve au crépuscule de sa vie, entouré de sa
fille et de sa petite fille dans une maison du Vermont. J'ai même pris plaisir au mélange des mondes créés par Auster (un peu à la manière de la rose pourpre du Caire, en moins bien quand
même!) . D'accord, ce roman n'est pas un chef d'oeuvre mais je trouve que c'est un bon moment de lecture et Hélène partage le même point de vue.
A vous de voir par vous même!!!
Gwen
L'étreinte fugitive
Essai littéraire
Auteur: Daniel Mendelsohn
Editeur Flammarion
Paru en janvier 2009
quatrième de couverture
Dans Les Disparus, Daniel Mendelsohn partait en quête de l’histoire de sa famille ; avec L’Étreinte fugitive, il s’est livré à une quête
infiniment plus intime. De l’écriture rhapsodique et classique qui est la sienne, il fait revivre son enfance entre sa mère, « l’institutrice », la toute-belle, et son père, « le
mathématicien », celui qui
répare, construit et se collette aux choses ; une enfance peuplée d’êtres, frères et soeurs, parents juifs âgés, avec, au centre, son grand-père, ce dandy mystérieux et raconteur
d’histoires. C’est pendant ses années d’étudiant dans l’exotique Sud américain que le jeune homme se découvre une passion jumelée pour les langues anciennes et les beaux garçons. Dès lors, la
recherche de la « grammaire de son identité », de ce que veut dire être un homme, suivra des méandres surprenants, bouleversants. Car, lorsqu’une amie lui propose d’incarner une «
figure paternelle » auprès de l’enfant qu’elle porte, il accepte et se prend à s’attacher si fort à lui qu’il va, petit à petit, partager sa vie entre Chelsea, le quartier où vivent les «
garçons » de New York, et la banlieue où habitent son amie et leur petit garçon.
Comme Les Disparus, ce récit réverbère l’écho de textes antiques – ici, des poèmes latins et des tragédies grecques – et renferme un secret de famille
lancinant, dont le lecteur n’aura la clé que dans les dernières pages du livre, après avoir, avec Daniel Mendelsohn, rendu visite à des tombes désertées et déchiffré des épitaphes
menteuses.
Né en 1960, Daniel Mendelsohn est critique littéraire et écrivain : Les Disparus a connu un très grand succès, notamment en France où il a reçu le prix
Médicis en 2007 et été élu « meilleur livre de l’année » par le magazine Lire. L’Étreinte fugitive est le premier volet d’un triptyque dont Les Disparus forme le
panneau central ; le troisième volet est en cours d’écriture.
L'avis des libraires
Les libraires de Liragif sont unanimes: s'il est un livre qu'il ne faut pas manquer en ce début d'année, c'est celui ci. Intense, émouvant, c'est un hymne à la
tolérance. Daniel Mendelsohn définit le genre humain avec une grande intelligence et surtout beaucoup d'humilité. "Les Disparus"relatait l'histoire de sa famille, l'étreinte fugitive est une
quête beaucoup plus personnelle puisqu'il s'agit de la quête de sa propre identité. Daniel Mendelsohn définit son homosexualité sans tabou aucun, avec la plus grande simplicité. Son analyse
est fouillée sans jamais être pédante. Sa découverte de la paternité est bouleversante. Certains paragraphes sont d'une telle force qu'ils méritent d'être lus à voix haute.
A déguster absolument, à offrir aux gens qu'on aime. A offrir aussi à tous ceux qui ont du mal à accepter une identité différente de la leur.
"Les disparus" vient tout juste de sortir en poche (février 2009) dans la collection "J'ai lu"
Daniel Stein, interprète
auteur : Ludmila Oulitskaïa
éditeur: Gallimard (publié en novembre 2008)
Traduit du russe par Sophie Benech
Ce nouveau roman de Ludmila Oulitskaïa est consacré à Daniel Stein, personnage au destin hors du commun, né en Pologne en 1922 et décédé en Israël en 1995. De confession juive mais au nom
allemand, il est engagé malgré lui dans la gestapo pendant la seconde guerre mondiale pour servir d'interprète. Il utilise alors son statut au sein de l'armée allemande pour essayer de sauver
les siens. Il joue en particulier un rôle majeur dans l'évasion de 300 personnes du ghetto de Emsk. A la fin de la guerre, il se convertit au catholicisme et rejoint Israël
où il devient un prêtre ouvrier . Daniel Stein est une sorte de "saint vivant", à la foi universelle qui montre le chemin contre le dogmatisme et les fanatismes.
Pour mieux comprendre qui fut cet homme, l'auteur a regroupé des lettres de gens qui ont en commun d'avoir croisé un jour le chemin de Daniel Stein . Ce roman est au carrefour entre le
document et la fiction. Certains personnages sont purement imaginaires, d'autres ont réellement existé. Même si cet aspect du livre peut sembler un peu déroutant au début car on a envie de
savoir lesquels de ces protagonistes ont été inventés, on s'aperçoit très vite que c'est sans importance, qu'il faut se laisser porter par ces histoires vraies ou fausses, ôdes à la
tolérance. Mélanges de flash back en pologne et biélorussie, et de promenades à travers Israël, ce livre est absolument passionnant. Ludmila Oulitskaïa, nous transmet avec ferveur son
enthousiasme pour la personnalité de Daniel Stein. "Quand j'essaie de définir ce que j'ai appris de si crucial tout se réduit au fait que ce en quoi l'on croit n'a absolument aucune
importance, ce qui compte c'est la façon dont on se conduit" écrit-elle entre deux parties de son livre.
Que vous soyez croyants en Dieu ou pas, vous serez transportés par ce livre qui est une belle leçon d'humanité.
Ludmila Oulitskaïa a écrit d'autres très beaux livres, parus en format poche, qu'il faut vous procurer également.
G. Jasmin
Le voyage dans le passé
Auteur :Stefen
Zweig
Editeur : Grasset
Roman paru en Octobre 2008
Un jeune homme pauvre, chimiste besogneux et performant, s'installe chez son patron vieillissant pour mieux le

seconder et tombe amoureux de la femme de celui ci. Séparés pendant
plusieurs années, retrouveront-ils leur passion d'antan?
L'histoire est classique mais elle est racontée par Zweig qui, comme d'habitude décrit avec génie les sentiments et les tourments intérieurs de ses personnages.
Par sa concision, ce petite roman ressemble plutôt à une nouvelle. Il n'a jamais été traduit en français jusqu'à présent.
Incontournable...
G. Jasmin
Le premier amour
auteur Sandor Maraï
roman paru en Octobre 2008
éditeur Albin Michel
Un professeur de latin cinquantenaire, vivant seul dans une petite ville de province hongroise, consigne les menus évènements de son quotidien dans un carnet
commencé une trentaine d’années auparavant. Une rencontre avec un homme plus jeune que lui mais aussi solitaire, va bouleverser son existence. Sandor Marai est un génie. Il arrive à nous tenir en
haleine avec l’histoire de cet individu à l’existence bien terne . On se surprend à parcourir les pages avec frénésie afin de suivre les méandres de la pensée de ce professeur presque
psychotique. La solitude est analysée avec une grande finesse. Un roman d’une modernité étonnante quand on sait que l’auteur est né en 1900.
Les autres livres de Sandor Marai sont également des petits bijoux littéraires. Ils existent en broché et en poche.
Melnitz
roman (saga)
auteur: Charles Lewinsky
Editeur Grasset
Paru en Septembre 2008
Melnitz, c’est la saga de la famille Meijer, une famille juive suisse, de 1871 à 1945 – de la guerre franco-prussienne à la fin de la deuxième guerre mondiale. Un grand roman salué comme le Cent
ans de solitude suisse. En 1871, les Meijer – Salomon le marchand de bestiaux, sa femme Golda, leur fille Mimi, romanesque et coquette, et Hannele, une orpheline qu’ils ont élevée, vivent à
Endingen, bourgade helvétique qui fut longtemps l’une des deux seules où les Juifs étaient autorisés à résider. L’arrivée, impromptue, de Janki, un vague cousin, qui s’installe chez eux, va
bouleverser ce petit monde clos. Il aurait, dit-il, vécu à Paris. Il est beau parleur, hâbleur et ambitieux. Il ouvre à Baden, la ville voisine, un magasin « Aux Tissus de France », et, épouse
Hannele la laborieuse, qui va travailler avec lui avant de fonder son propre magasin, les « Galeries Modernes ». Mimi épouse Pin’has, le fils du boucher et érudit talmudiste, follement amoureux
d’elle et qui le restera toute sa vie. La famille Meijer a commencé son ascension sociale, quitte peu à peu Endingen pour Baden, puis Zürich. Entre dans la modernité. Parallèlement, Janki
multiplie les efforts pour être admis dans la société suisse, toujours foncièrement antisémite. Son fils François va finir, dans le même espoir, par se convertir. Comme toutes les familles, les
générations successives de Meijer vivent leurs amours, leurs drames, leurs succès et échecs professionnels, évoluent- y compris sur le plan religieux - en passant du 19ème au 20ème siècle. Mais
leur histoire est profondément marquée par l’Histoire. Ainsi, pendant la guerre de 14, Zalman, le gendre de Janki, ancien militant syndicaliste aux Etats-Unis, franchit les lignes de front pour
aller chercher son fils Ruben, qui étudie dans une Yechiva au fin fond de la Galicie, où avancent les Cosaques. Cependant qu’Alfred, le fils de François, est soldat dans l’armée française et tué
en Alsace. En 1937, Hillel – petit-fils de Zalman – ardent sioniste qui se prépare à l’émigration en Eretz Israël – se bat, à Zürich, avec les pro-hitlériens du Front National. Arthur, le plus
jeune fils de Janki et Hannele, devenu médecin, soigne gratuitement les enfants juifs réfugiés d’Allemagne, acceptés pour 3 mois en Suisse, et finit par épouser la mère de deux d’entre eux, afin
de lui permettre de recevoir un visa d’entrée en Suisse – laquelle a fermé ses portes aux persécutés. Ruben, devenu rabbin dans une ville allemande, décrit dans ses lettres une situation de plus
en plus sombre, mais refuse d’abandonner sa communauté. Il va disparaître, avec sa famille. 1945 : L’Oncle Melnitz est de retour et raconte. La première phrase du livre a dit de lui : « Après sa
mort, il revenait. Toujours. » Il apparaissait aux moments cruciaux auprès de l’un ou l’autre des Meijer pour évoquer des souvenirs, souvent tragiques, du passé, leur rappeler qu’ils ne sont pas
des Suisses tout à fait comme les autres. A présent, lui qui sait tout – Melnitz ou la mémoire – raconte aux Meijer survivants, et à qui veut l’entendre, des événements du passé récent,
incroyables, « surtout ici en Suisse où l’on a vécu toutes ces années sur une île », et que souvent l’on aurait préféré ignorer. « Vous avez eu de la chance, vous, ici, en Suisse », observe
l’oncle Melnitz…
My first Sony
Roman
auteur: Benny Barbash
éditeur: Zulma
Paru en Avril 2008
Quatrième de couverture
Yotam enregistre tout sur son petit magnétophone Sony. La vie qui passe, à commencer par celle de ses parents, plutôt déglinguée, les récits des uns et des autres, pittoresques en diable, toutes
les histoires que l’on raconte en famille et ailleurs sur l’amour, le sexe, la religion, la politique, la guerre, d’hier et d’aujourd’hui, la Shoa, les luttes, l’immigration, l’exil…
Et c’est toute la société israélienne contemporaine qui défile ainsi, dans un tourbillon aussi drôle qu’époustouflant !
Mon avis: L'auteur a réussi le pari difficile de nous montrer les joies et les peines de la société israélienne en se mettant vraiment à la place de son jeune personnage. L'histoire sonne
juste
La vision que Yotam a des adultes et de sa famille complétment loufoque est émouvante
mais surtout "drôlement triste", . Une vraie comédie dramatique.
G. Jasmin
Là ou les tigres sont chez eux
Jean Marie Blas de Robles
Roman paru le 21/08/2008, Editeur Zulma
Commentaires de l'éditeur
Eléazard von Wogau, le héros inquiet de cette incroyable forêt d’histoires savamment enchevêtrées, est un français, obscur écrivain, vague correspondant de presse domicilié
au fond du Nordeste brésilien, dans la ville fantôme d’Alcantara, relique des fastes de l’Empire portugais. Spécialiste à ses heures de l’encyclopédiste allemand Athanase Kircher, sorte de Vinci
de l’époque baroque, on lui adresse un jour à des fins d’édition une fascinante biographie de Kircher écrite en français par un de ses disciples. Ce manuscrit autographe totalement inédit,
“exhumé lors d’un récent récolement à la bibliothèque nationale de Palerme” est l’œuvre, remarquable en tout point malgré certaines invraisemblances, de Caspar Schott, un obscur jésuite
allemand.
Commence alors pour Eléazard une enquête à travers les savoirs et les fables qui n’est pas sans incidences sur sa vie privée. Comme si l’extraordinaire plongée dans l’univers baroque d’Athanase
Kircher dont on découvre peu à peu la fantastique quête cachée, se répercutait par anamorphoses dans l’espace et le temps à travers les aventures croisées d’autres personnages, entre autres
Elaine, l’ex-épouse du narrateur archéologue en mission improbable en territoire indien, Moéma, sa fille toxicomane, Nelson, jeune gamin infirme des favelas de Pirambu qui fomente une vengeance
(son père ayant chu dans la cuve d’une fonderie, ses employeurs, avant de chasser, lui ont offert un rail de la fournée macabre en le lui présentant comme son père).
Nous sommes en Amérique, au Brésil, dans le pays des pâmoisons et des démesures. Nous sommes aussi dans la terra incognita d’un roman monstre construit en 32 parties, chacune s’ouvrant sur un
chapitre de la biographie inédite d’Athanase Kircher et flanqué de plusieurs récits qui s’entrecroisent et se succèdent sans liens apparents, celui d’Elaine en expédition dans la jungle
découvrant une tribu vierge du monde depuis des siècles mais qui use du latin dans ses rituels, de Moéma la jeune fille suicidaire livrée à un affabulateur, du gouverneur diabolique de Maranao.
Peu à peu, au fil d’aventures palpitantes qui se conjuguent à tous les temps, tandis que la biographie d’Athanase Kircher, le “maître des cents savoirs”, ancêtre de l’égyptologie et de la
vulcanologie, inventeur du microscope et de la lanterne magique, géomètre qui calcula les dimensions de l’arche de Noé, de la tour de Babel ou du Temple de Salomon, linguiste polyglotte et
astronome, grand voyageur devant l’éternel, se déroule de chapitre en chapitre, se dessine à nos yeux comme à nos esprits la figure impensable, pur joyau baroque, qui relierait fatalement la vie
et les savoirs, la vérité et les fables, l’attente et le mystère, comme si l’univers entier – celui d’Eléazar von Wogau –, était en état précipité de big-bang dans ce roman fabuleusement
audacieux et drôle.
On songe tour à tour au réalisme magique sud-américain des Borges et Cortázar, aux Italiens Calvino ou Eco, ou encore à Potocki et son Manuscrit trouvé à Saragosse, sans jamais épuiser la
réjouissante singularité de ce roman palimpseste qui joue à merveille des mises en abyme et des vertiges spéculaires.
La chambre de Mariana
Aharon Appefeld
Editions de l'Olivier
Date de publication :
07/02/2008
Traduit de l'hébreu par Valérie Zenatti.
Quatrième de couverture
Avant de fuir le ghetto et la déportation, la mère d’Hugo l’a confié à une
femme, Mariana,
qui travaille dans une maison close. Elle le cache dans un réduit glacial d’où il ne doit sortir sous aucun prétexte. Toute son existence est suspendue aux bruits qui l’entourent et aux scènes
qu’il devine à travers la cloison. Hugo a peur, et parfois une sorte de plaisir étrange accompagne sa peur. Dans un monde en pleine destruction, il prend conscience à la fois des massacres en
train de se perpétrer et des mystères de la sexualité.
Renouant avec le thème de l’enfant recueilli par une prostituée (présent dans Histoire d’une vie et Tsili), Aharon Appelfeld mêle l’onirisme et le réalisme dans ce roman doué d’une force
hypnotique.